Le yoga au-delà du tapis – Épisode 4
Le yoga et l’alimentation sont intimement liés : manger n’est pas qu’une affaire de calories, c’est une pratique, une occasion d’écoute et de gratitude. Voici comment l’Inde, les gunas et quelques postures simples peuvent transformer votre rapport à l’assiette.
Ce vide que la nourriture ne comble pas
Beaucoup d’entre nous connaissent ce rapport à la nourriture désordonné, émotionnel, silencieux : les goûters dévorés à la va-vite, la tablette de chocolat pendant qu’on révise, le paquet de chips devant un film, le sucre à chaque émotion floue. On ne mange pas, on comble. Le corps parle, mais on ne comprend plus sa langue. Le yoga propose un autre chemin : non pas une règle de plus, mais un retour au vivant.
Le thali du midi : la leçon de l’Inde
Dans bien des pensions simples du sud de l’Inde, le midi, on sert un thali : une assiette en métal, des bols en inox, du dal fumant, quelques légumes cuits, du riz, un roti tiède. Rien d’extravagant, un peu répétitif même. Et pourtant, quelque chose change, non pas en une révélation foudroyante, mais dans la répétition : le silence autour du repas, l’absence de choix, l’humilité du plat.
On mange avec les doigts, maladroitement au début, puis plus lentement. Les mains deviennent un prolongement de la conscience. On est là. Beaucoup de voyageurs racontent qu’au bout de quelques jours, les envies de grignotage s’estompent : on est rassasié, sans lourdeur.
Quand les aliments portent une énergie subtile : les gunas
La tradition ayurvédique décrit les trois gunas, ces qualités présentes dans toute chose, y compris la nourriture :
- Sattva : la clarté, l’équilibre, la légèreté.
- Rajas : le feu, le mouvement, l’agitation.
- Tamas : l’inertie, la lourdeur, la confusion.
Une maxime ayurvédique l’exprime ainsi : manger du vivant, c’est se sentir vivant. Pensez à vos placards : biscuits emballés, chips, barres chocolatées, des aliments sans vie. En observant, on remarque que les repas végétaux, frais et préparés maison donnent une sensation de calme et de stabilité, pas d’euphorie, mais quelque chose de posé.
Le yoga commence aussi dans l’assiette
On entend souvent dans les formations de yoga : « Ce que tu manges nourrit ton corps… et ton mental. » Après un repas lourd, la pratique devient pâteuse, les flexions avant difficiles, le mental saute comme un singe. Les jours de repas léger, simple, vivant, tout est plus fluide.
Les Yoga Sūtra parlent de brahmacharya, souvent traduit par « abstinence », mais qui est surtout une question de juste mesure : canaliser l’énergie vitale, y compris par la nourriture. Ni trop, ni trop peu : juste ce qu’il faut pour nourrir le corps et garder l’esprit disponible.
Postures après le repas : un dialogue intérieur
Après le repas, pas d’asanas acrobatiques : juste Vajrasana, assis sur les talons, dos droit, respiration lente. Cette posture méditative est traditionnellement associée à la digestion. Plus tard, quand le ventre est vide, quelques autres gestes :
- Apanasana, genoux vers la poitrine : un retour à soi, un relâchement du bas-ventre.
- Dhanurasana, la posture de l’arc : un massage doux de l’abdomen.
- Balasana, l’enfant en repli : pour lâcher, simplement.

Ces postures ne servent pas à « brûler des calories » : elles prolongent le repas comme une pause de conscience. Si vous avez des soucis de santé ou un traitement, adaptez-les avec votre professeur de yoga.
Une offrande, pas un réflexe
Dans une cuisine ouverte de Varanasi, on peut voir un homme poser les mains sur un sac de lentilles, fermer les yeux et murmurer un mantra. Pas de spectacle : une intention, un lien. La Bhagavad Gītā (III.13) évoque cet esprit : se nourrir d’aliments offerts avec gratitude plutôt que préparés pour le seul plaisir. Manger est alors un acte spirituel : ce que l’on mange, la manière de le préparer et l’intention qu’on y met deviennent un chemin vers soi.
Un petit rituel de gratitude à table
Pas besoin d’une méthode compliquète. Avant de manger, posez une main sur vos légumes, respirez, remerciez. Quelques gestes pour installer ce moment : un bâton d’encens naturel allumé avant le repas, une assiette, un silence, un merci. Vous pouvez aussi garder un mala ou un bracelet de rudraksha au poignet pour vous rappeler de ralentir.
Revenir, encore et encore
Personne ne change pour de bon du jour au lendemain. Il arrive de manger debout, devant son téléphone, de grignoter sans faim. Puis on respire, on s’arrête, on se rappelle, et on revient. C’est cela aussi, le yoga : l’art du retour, du pardon envers soi-même, de la patience.
Et si, ce soir, vous tentiez : une assiette, un silence, un merci ? Parce que parfois, le véritable yoga commence… par une bouchée.




